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Ciné4A, c'est quoi ?
Un peu de terminologie...

Ce texte est extrait de Cinéastes (autochtones),

la souveraineté culturelle en action (S. Gergaud, WARM, 2019, pp. 24-26.) © Tous droits réservés.

« Autochtones » et le droit à l'autodétermination

 

L’autochtonie s’avère difficile à définir. Elle n’existe pas en soi, mais a été façonnée et imposée de l’extérieur. Toute tentative de définition ferme et définitive se solde par un échec, tant les catégories à englober sont vastes et diverses, avec inévitablement cet exemple-ci qui contredit cette affirmation-là. Plus qu’une certitude absolue, le terme « autochtone » se veut une proposition afin de réunir un ensemble disparate de peuples et de nations sur la base de leurs expériences communes, à la fois passées et présentes, relatives à l’oppression et aux discriminations subies dans un contexte de conquêtes coloniales. Ces peuples et nations autochtones envisagent leur situation politique actuelle comme entièrement imbriquée dans un contexte néocolonial.
En 1987, le professeur José Martinez Cobo, alors rapporteur spécial du Groupe de travail sur les peuples autochtones (1), propose une définition de travail qui est aujourd’hui une référence :

 

« Par communautés, populations et nations autochtones, il faut entendre celles qui, liées par une continuité historique avec les sociétés antérieures à l’invasion et avec les sociétés précoloniales qui se sont développées sur leurs territoires, s’estiment distinctes des autres segments de la société qui dominent à présent sur leurs territoires ou parties de ces territoires. Elles constituent maintenant des segments non dominants de la société et elles sont déterminées à préserver, développer et transmettre aux futures générations leurs territoires ancestraux et leur identité ethnique, qui constituent la base de la continuité de leur existence en tant que peuples, conformément à leurs propres modèles culturels, à leurs institutions sociales et à leurs systèmes juridiques » (Cobo, 1987).


Cette proposition de définition a été élaborée après plusieurs années de recherches et de consultations auprès de représentant·es des populations concernées. Ainsi, on peut admettre que le terme « autochtone » a bien des défauts, mais il demeure le seul utilisé par les intéressé·es à des fins de revendications politiques globales.

« Indigène » et « autochtone », des synonymes ?

 

En français courant, « indigène » et « autochtone » sont souvent utilisés l’un pour l’autre. L’utilisation par les anglophones d’indigenous et par les hispanophones d’indígenas peut de plus laisser penser que privilégier le terme « indigène » est préférable. Or, outre le fait que les deux termes ne sont étymologiquement pas synonymes, leurs implications politiques, culturelles et sociales sont très différentes. Dans le contexte français, « indigène » est irrémédiablement lié à la colonisation, ayant été utilisé pour désigner les habitant·es des pays conquis considérés comme inférieurs, entachant à jamais ce mot d’une connotation négative. L’indigénat a fini par s’imposer comme un ensemble de pratiques privant les populations colonisées de la majeure partie de leurs droits et libertés. Bien après l’abolition de ce système lors des indépendances, le terme « indigène » a continué d’être sémantiquement lié à ce contexte, impliquant un rapport de domination.

C’est une des raisons pour lesquelles de 1987 à 2007, dans le cadre du Groupe de travail sur la Déclaration des droits des peuples autochtones, les représentant·es autochtones francophones se sont battu·es pour que les termes indigenous et indigena soient traduits en français par « autochtone » dans les textes officiels des instances internationales afin de marquer la rupture avec la période de la colonisation et ainsi réaffirmer leur souveraineté (Gergaud, 2014).


« Aux Nations unies, le terme “autochtone” résonne dans les langues officielles […] ainsi que dans les langues de ceux qui se reconnaissent dans ce terme et en revendiquent l’usage : les représentants des peuples autochtones. Ils sont plusieurs milliers à participer chaque année aux réunions de l’Onu les concernant. Ils sont la voix des quatre cents millions d’autochtones que l’Onu reconnaît dans soixante-dix-sept pays sur les cinq continents. Le mot s’est acclimaté dans les agences internationales où il ne fait plus débat. » (Bellier, 2009)

Notes

(1) Le Groupe de travail sur les peuples autochtones fait partie de la Sous-commission des droits humains des Nations unies. Les personnes qui y participent sont en majorité des représentant·es autochtones originaires de toutes les régions du monde.

Références citées

2019

Warm Éditions

Sophie Gergaud, Cinéastes (autochtones), la souveraineté culturelle en action

Disponible sur le site de l'éditeur

2014

De la Plume à l'Écran

Sophie Gergaud, « De l’utilisation des termes “indigènes” et “autochtones” »

Disponible sur le site De la Plume à l’Ecran

2009

EspacesTemps.net

Irène Bellier, « Autochtone », EspacesTemps.net, Dans l’air, 2009

Disponible sur le site d'Espaces Temps

1987

Nations unies

José Martinez Cobo, Étude du problème de la discrimination à l'encontre des populations autochtones. Rapport final du rapporteur spécial de la Sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, Volume V, Genève

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