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Couverture du livre de Barry Barclay

© Photo : couverture de Our Own Image.

A Story of a Maori Filmmaker de Barry Barclay (2015, UMPress)

BARRY BARCLAY
et le 4e cinéma

« De mon point de vue, un film māori [...] est un film réalisé par un(e) Māori. »

Barry Barclay (Ngāti Apa, Te Āti Haunui-a-Pāpārangi, Ngāti Hauiti)

Cinéaste

En 2002, lors d’une présentation à l’Université d’Auckland, Barry Barclay propose le concept de «Quatrième cinéma» afin de distinguer la production cinématographique autochtone :

 

«J’ai inventé cette expression de “Quatrième cinéma” pour ma propre satisfaction. […] Elle vient s’ajouter aux Premier, Second et Troisième cinémas qui vous sont familiers, le Premier cinéma se référant au cinéma étasunien, le Second au cinéma d’art et essai et le Troisième étant le cinéma du prétendu tiers-monde. […] Les Premier, Second et Troisième cinémas émanent tous d’États-Nations modernes. D’un point de vue autochtone, ils sont tous des cinémas d’envahisseurs».

Afin d’illustrer son propos, Barclay diffuse ce jour-là un extrait des Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty, Lewis Milestone et Carol Reed, 1962), qui raconte la mutinerie qui eut lieu à bord du Bounty en 1789 au large de Tahiti. La scène présente le lieutenant Christian (Marlon Brando) et le capitaine Bligh (Trevor Howard) quittant le navire et s’aventurant sur les rives de l’île. Barclay note que la caméra filme toujours du point de vue du bateau : placée sur le ponton, elle appartient aux conquérants qui la contrôlent. Elle filme les matelots, leur vie à bord. Et quand l’équipage met pied à terre, elle le suit et reste avec lui. Pour Barclay, «l’homme blanc, même une fois sur le rivage, filmera toujours du point de vue de l’orthodoxie nationale à laquelle il appartient. Il n’y a aucune raison logique pour qu’il agisse autrement». Car au fondement même du Premier cinéma se trouve la nécessité de raconter les interactions de l’Autre avec les sociétés occidentales et ses idéologies :

 

«Le Premier cinéma est bien installé sur le pont du navire. C’est là sa place attitrée. La caméra du rivage en revanche, la caméra du Quatrième cinéma, est celle qui est dirigée par ceux pour qui le rivage est l’habitat ancestral.»

Extrait de Cinéastes (autochtones), la souveraineté culturelle en action (S. Gergaud, WARM, 2019, pp. 27-28.) © Tous droits réservés (textes et traductions).

«Chaque peuple a le droit et la responsabilité de représenter sa propre culture à l'intention de ses propres membres. Cette responsabilité est si fondamentale qu'elle ne peut être ni laissée aux mains de personnes extérieures, ni usurpée par elles.»

Constitution du Collectif māori Te Manu Aute

Ciné4A, pourquoi ?
Les inspirations derrière le nom

Portrait CBC de Jesse Wente

JESSE WENTE
et la souveraineté culturelle autochtone

« Les histoires autochtones sont tellement riches ! Elles contiennent tellement d’amour, de revan-ches, d’actions, d’aventures, de monstres… On retrouve dans les récits autochtones tout ce que les gens aiment au cinéma. Il est temps que nous diffusions nos propres histoires à une échelle aussi importante que celle des autres. »

Jesse Wente (Genaabaajing Anishinaabek)

Critique et programmateur de cinéma

© Photo : cCBC Media

​Très influencée par Jesse Wente, Ciné4A vise à promouvoir les cinémas autochtones et, plus spécifiquement, ce qu'il qualifie de «Nouvelle vague autochtone». C’est en 2012 qu’il utilise pour la première fois l’expression afin de caractériser la sélection de films autochtones contemporains qu’il propose au TIFF Bell Lightbox de Toronto à l’occasion de l’exposition «Home on Native Land» co-organisée avec Steven Loft (Mohawk). Pour Wente, toute nouvelle vague est un mouvement qui se forge en réaction au courant cinématographique classique dominant et, à l’instar de la Nouvelle vague en France − insufflée par des artistes souhaitant aller à contre-courant de ce qu’ils considéraient alors comme un certain académisme du cinéma français−, la Nouvelle vague autochtone se pose en contrepoint du cinéma occidental dans son ensemble :

«Pendant la plus grande partie de l’histoire du cinéma, les peuples autochtones ont été relégués au second plan du processus narratif. Quand un personnage autochtone apparaissait dans un film, c’était principalement en tant que personnage secondaire et de façon stéréotypée, et généralement il s’agissait d’un western. Les artistes autochtones n’exerçaient aucun contrôle sur la façon dont ils étaient représentés au cinéma. La grande majorité des acteurs et actrices qui ont incarné des personnages autochtones n’étaient même pas autochtones. La Nouvelle vague autochtone est arrivée après. Celles et ceux qui ont hérité des pionniers du cinéma autochtone ont commencé à donner une nouvelle forme à la narration cinématographique afin qu’elle se fasse davantage le reflet de l’histoire et des traditions autochtones. C’est un mouvement international […] qui n’a pas simplement lieu au Canada ou aux États-Unis, mais qui concerne le monde entier.»

S’il instaure ainsi une équivalence d’excellence entre les cinémas autochtones contemporains et le cinéma d’auteur européen, Wente reconnaît cependant la spécificité du contexte autochtone dans le déplacement du point de rupture qu’il opère. Car, contrairement à Godard, Varda ou encore Truffaut qui souhaitaient rompre avec le conformisme de leurs prédécesseurs et prédécesseuses au sein du cinéma français, la Nouvelle vague autochtone mise sur la continuité intergénérationnelle, les jeunes cinéastes autochtones puisant leur inspiration au sein d’oeuvres marquantes d’aînées telles que Merata Mita (Maori) ou Alanis Obomsawin (Abénakise) – pour ne citer qu’elles. En revanche :

 

«[C]e dont il faut se défaire, ce sont des modes et des représentations médiatiques et cinématographiques occidentaux ayant trop longtemps effacé les peuples autochtones, sur les plans réel et figuré. […] Il est donc question d’une autochtonisation du cinéma, et non pas simplement de l’intégration de cinéastes autochtones dans le monde du cinéma occidental dominant.»

Extrait de Blood Quantum. Entre métaphore historique et critique sociale visionnaire (S. Gergaud, RAQ, vol.52, n°1-2, 2022-2023, p.145.)

© Tous droits réservés.

Site officiel de Jesse Wente : https://www.jessewente.ca/

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